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Discours M. Alain Juillet – 11 mai 2006 Avignon
lundi 12 juin 2006 à 10:56
Catégorie(s):
:: Intelligence Economique
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Vous trouverez dans la suite l'intégralité du discours de M. Alain Juillet, Haut Responsable Chargé de l'Intelligence Economique, lors du colloque "intelligence économique et pôles de compétitivité" du 11 mai dernier à Avignon.
Tous mes remerciements à M. Alain Juillet pour avoir amendé cette transcription et autorisé sa publication.
Salutation des intervenants et participants au colloque, remerciements.
« Aujourd’hui, comme on me demande de parler d’intelligence économique je vais commencer par expliquer ce que c’est, sachant que ce n’est pas toujours très clair pour bon nombre de nos concitoyens.
Tout le monde parle de la mondialisation, mais peu de gens ont bien mesuré ce qu’il est en train de se passer depuis une quinzaine d’années.
Nous avons pensé depuis très longtemps que la mondialisation allait être l’exportation de nos principes démocratiques, libéraux et économiques au reste du monde parce qu’ils étaient les meilleurs de tous et qu’ils allaient naturellement s’imposer partout. Le véritable bouleversement de ce début du 21ème siècle c’est que la mondialisation est en train de se faire non pas par nous mais contre nous. Depuis plus de 300 ans, 15 à 16 pays, dont nous faisons parti, dominent le monde en ayant su acheter à bas coût les matières premières à l’extérieur puis les transporter chez eux pour les transformer en créant de la valeur ajoutée. C’est ce qui a permis le formidable développement du niveau de vie que nous avons connu. Le changement c’est qu’aujourd’hui près de 200 pays ont envie de participer au partage du gâteau et ceci est en train de bouleverser toutes les règles du jeu.
Ceci génère une concurrence exacerbée que nous n’avons jamais connue dans l’histoire du monde et nous n’en sommes qu’au début. Il faut nous y préparer car les grands pays traditionnels vont souffrir.
Le deuxième constat, c’est que nous sommes passés en une vingtaine d’années, d’un marché qui était national, européen, ou continental, à un marché mondial. Ceci crée des menaces mais également de formidables opportunités puisque tout est marché.
Dans tous les coins du monde il y a une place pour nous à condition de le savoir, de l’identifier, d’être capable d’apporter à l’autre bout du monde le produit et le service dont on a besoin, au prix qu’il faut, en ne pensant plus à imposer notre vision des choses mais en apprenant à répondre aux attentes de ceux qui sont en face.
C’est ça la mondialisation : une formidable opportunité et qui va exiger de nous des changements fondamentaux dans nos comportements.
J’ajouterai que nous sommes servis par la chance car les nouvelles technologies de l’information et de la communication nous donnent la capacité de traiter directement des milliards de données alors qu’à la fin de la Renaissance par exemple, les grand humanistes, connaissaient à peu près 10 000 données. Aujourd’hui, n’importe quelle personne sachant utiliser un ordinateur est capable d’avoir accès en web visible et invisible à 12 à 14 milliards de données dans le monde et ça continue d’augmenter à toute vitesse. Dans le même temps le volume traité sur Internet double tous les 100 jours.
Aujourd’hui il y a déjà 180 millions de chinois qui utilisent l’Internet, et pour ceux qui savent parler le chinois, les banques de données chinoises donnent accès à 4 à 5 milliards de données stockées. C'est-à-dire que quelqu’un parlant chinois et sachant utiliser l’Internet est capable d’avoir plus d’information sur la Chine que nous en n’avons sur la France !
Tout est en train de changer. Il faut donc être bien conscient que nous sommes dans un processus de mondialisation irréversible dans lequel chacun peut tirer son épingle du jeu.
Dans ce changement radical du monde entier où chacun essaye de capitaliser sur ses points forts, nos pays développés se retrouvent en concurrence directe avec d’autres pays qui veulent capitaliser sur leurs avantages et principalement sur leur coût de main d’œuvre et leur capacité de travail. Pour faire face à cette problématique la solution émergente depuis une dizaine d’années dans tous les grands pays, à commencer par la France, consiste à développer la recherche et l’innovation. Notre seule chance de nous en sortir est de nous différencier par la créativité, et d’améliorer notre capacité de réactivité en apprenant à anticiper pour répondre plus vite que les autres dans cette concurrence devenue planétaire.
La capacité de répondre plus vite que les autres est essentielle. Les temps ont changé dans le monde de l’entreprise. Il y a 30 ans on partait pour 3 semaines à un mois, on envoyait un telex de temps en temps à la direction et on recevait 3 ou 4 messages durant le voyage. Aujourd’hui avec Internet vous avez instantanément la réponse et subissez la tyrannie de la question à laquelle il faut répondre le jour même sous peine d’être critiqué.
Le rapport au temps a changé. L’exigence de réactivité provoque une accélération du temps dans nos entreprises alors qu’elles n’y sont pas préparées et cela pose de sacrés problèmes.
La nécessité de savoir ce qu’il se passe, pour pouvoir l’analyser, et prendre conscience que nous sommes dans un monde extrêmement concurrentiel où d’autres voulaient être aussi bons que nous en capitalisant sur leurs points forts est essentiel pour notre futur.
Michael Porter, est ce professeur américain qui a été le premier en 1985 à expliquer ce qu’allait être l’intelligence économique que les américains appellent le « competitive intelligence », le renseignement concurrentiel, et que les anglais appellent le « business intelligence », le renseignement des affaires.
En France ses premiers disciples regroupés autour d’Henri Martre, le président de l’aérospatiale, et du commissariat au plan l’ont appelé « l’intelligence économique » pour ne pas utiliser le nom de « renseignement » qui a une mauvaise image en France contrairement aux pays anglo-saxons. Si l’on se réfère à la langue latine dans laquelle « intelligere » veut dire comprendre on voit que la formule intelligence économique veut dire « comprendre l’économie de marché ». Si l’on se réfère à l’anglais il s’agit du renseignement économique. En réalité ce dont nous parlons correspond à une bonne partie des deux définitions.
Un élément essentiel de la pratique et du succès en intelligence économique est la capacité d’utilisation et de maîtrise des nouvelles technologies de la communication. Nous sommes là aussi dans une compétition mondiale, dans laquelle le risque est de laisser la totalité des moyens de communication et d’échanges entre les mains de quelques uns et de devenir complètement dépendant de leur volonté monopolistique.
A partir de ces nouvelles technologies nous devons créer des outils au niveau européen et au niveau français de manière à préserver une certaine indépendance et faciliter notre volonté d’innovation.
Chacun sait que l’avenir de nos pays passe par la recherche et l’innovation. Ce sont les meilleurs moyens pour développer, maintenir, et rendre plus performante notre économie en nous différenciant de nos concurrents. Or ils supposent d’avoir une veille efficace et des analyses pointues que leur apporte l’intelligence économique. Notre pays ne doit pas devenir une friche industrielle après la délocalisation de toutes nos industries à l’extérieur. La compétition ne doit pas avoir pour conséquence de fermer nos entreprises et interrompre nos activités parce qu’elles seraient moins compétitives que les autres. Ainsi le but ultime d’une intelligence économique efficace c’est l’emploi d’aujourd’hui et surtout de demain.
On comprend mieux pourquoi c’est devenu une des clés de ce début du siècle. L’intelligence économique n’est pas une mode comme certains voudraient le croire, c’est quelque chose de beaucoup plus profond. C’est probablement un des grands moteurs du changement en ce début du 21ème siècle.
Mais comment la définir ? La définition que nous avons adoptée prend en compte nos spécificités culturelles et sociales car chaque pays a sa propre culture à laquelle il faut adapter les techniques, les procédés, et les méthodes. Pour nous c’est « la maîtrise et la protection de l’information stratégique utile pour tous les décideurs ».
Maîtrise de l’information stratégique utile cela veut dire connaître et maîtriser le cycle qui va permettre d’imaginer ce qu’on doit aller chercher, de le trouver, de l’extraire de là où il est, de le transporter là où on veut le traiter, puis de le traiter, de l’analyser, d’en faire la synthèse pour que le décideur économique, politique ou autre, puisse ensuite en tirer tous les éléments dont il a besoin pour prendre la bonne décision.
Dans ce cycle la première étape consiste à définir le cadre de l’intelligence économique. C’est de la prospective permettant d’imaginer comment sera le futur pour ensuite décider ce qu’on va aller y chercher.
La deuxième étape va englober la recherche, l’identification et l’extraction des données. En intelligence économique cela veut dire disposer de moteurs de recherche qui vont nous permettre dans toutes les banques de données de tous les coins du monde d’aller chercher les informations qui pourront nous être utiles. Dans cette partie du cycle les techniques évoluent très vite. Aujourd’hui on fait « du sémantique », on tape un nom sur le moteur de recherche et et le résultat remonte tout de suite. Demain on tapera un concept et c’est le logiciel lui-même qui cherchera à partir du concept tous les mots qui peuvent vous aider à trouver les réponses.
Nous allons vivre des changements fondamentaux dans les années à venir d’autant que ces moteurs de recherche ont, comme je vous le disais tout à l’heure, des capacités qui dépendent de ce qu’ils peuvent trouver. Quand vous parlez anglais, vous tapez sur le web en anglais d’un moteur de recherche un mot en anglais et vous aurez par exemple 10 000 réponses. Tapez le même mot en français, sur le web français et vous aurez à peu près 20% de réponses en moins. Ce qui veut dire qu’au niveau concurrentiel la pratique de la langue anglaise vous donne un avantage concurrentiel de 20% par rapport au français, et l’on aurait la même chose sur le web en kanji, en hindou ou en swahili. On comprend l’enjeu stratégique représenté par les logiciels de traduction automatique qui nous permettent instantanément de comprendre une langue étrangère. Dans 3 à 5 ans toutes les grandes langues du monde pourront être traduites automatiquement (…). Quand sur votre ordinateur vous taperez une lettre en français celle-ci sera automatiquement traduite en chinois puis envoyée par Internet à votre destinataire qui vous enverra sa réponse en chinois qui sera reçue après traduction immédiate et envoi par Internet en français. En quelques minutes ou secondes vous aurez pu établir un dialogue alors que ni un ni l’autre ne comprend la langue de l’autre.
Les étapes suivantes du cycle de l’information concernent les transferts de données puis leur stockage. Toutes les informations recueillies sont ensuite analysées et synthétisées par des logiciels adaptés afin de permettre de faire le choix optimal.
Je voudrais maintenant attirer l’attention sur la deuxième partie de ma définition de l’intelligence économique : la protection de l’information stratégique utile. Nous sommes face à un véritable problème d’ampleur croissante. Pour des raisons concurrentielles ou autres, plein de gens ont intérêt à s’infiltrer dans ce que vous êtes en train de faire soit pour savoir ce que vous récupérez, soit pour vous détourner ce que vous cherchez, soit pire encore pour envoyer de fausses données dans votre système afin de fausser votre analyse et raisonnement.
De ce fait nous sommes obligés de réfléchir en permanence à la protection de tout le système : protection des logiciels, protection des opérations, protection des flux, de manière à éviter qu’à un moment ou à un autre des gens puissent rentrer et perturber le système.
Tout le monde pense que cela n’arrive qu’aux autres bien que cela soit de plus en plus courant dans notre environnement. Aujourd’hui nous sommes surveillés, attaqués, piratés d’une manière quasi permanente au niveau de nos ordinateurs personnels, de nos réseaux d’entreprise. Grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, qui multiplient notre capacité de savoir, on accumule des quantités de données qui multiplient nos possibilités d’action et de réflexion. Cette formidable capacité nous permet d’apporter la concurrence à l’autre bout du monde et de réagir aux attaques des concurrents. Mais si dans le même temps les autres piratent vos informations, s’ils vous les faussent, votre analyse sera erronée, votre décision mauvaise et vous connaîtrez l’échec. Vous comprenez donc l’importance de la protection.
Pour finir sur le processus de la décision stratégique je voudrais terminer sur un autre aspect rarement évoqué. La finalité de la maîtrise et de la protection d’un cycle est de construire trois ou quatre stratégies gagnantes parmi lesquelles le décideur va choisir la bonne. Depuis 50 ans on apprend cela dans les livres et les écoles de commerce. La pratique de l’intelligence économique nous a amené à constater que cette approche méthodique ne suffit plus. Une bonne stratégie d’entreprise est nécessaire mais n’est pas forcément gagnante. Il faut aussi savoir la vendre, expliquer à tous qu’elle est une bonne stratégie et se défendre contre les actions de désinformation de vos concurrents qui vont tenter de faire croire qu’elle est mauvaise. On peut gagner ou perdre selon la qualité de vos actions d’influence et de contre influence, selon votre capacité à réagir et anticiper les attaques de l’adversaire. N’oublions pas que les manipulations de l’information sont devenues monnaie courante dans le monde des entreprises et des médias.
Avant de vous dire quelques mots sur la politique publique d’intelligence économique je voudrai conclure cette partie en vous parlant de l’intelligence économique offensive et défensive. En fait il n’y a pas de différence car on utilise les mêmes techniques et les mêmes moyens en les adaptant à la situation. J’en profite pour rappeler que ces moyens doivent rester légaux. Il y a souvent confusion entre l’espionnage industriel et l’intelligence économique qui n’est pas de l’espionnage mais la recherche du renseignement par des moyens légaux. 95% de l’information est disponible au travers des fascicules, des catalogues, dans les salons, à travers Internet, à travers les médias, etc. Il faut être réaliste et admettre qu’ aujourd’hui, l’intelligence économique légale s’appuyant sur l’information ouverte suffit largement pour être efficace. Pourquoi prendre le risque de mettre en danger son entreprise pour les 5% qu’il vous manque ?
J’espère vous avoir convaincu que l’intelligence économique n’est pas une mode éphémère ce qui justifie la mise place d’une politique publique la concernant.
Depuis son lancement en 1995 force est de constater que cela n’avait guère de succès en dehors de quelques professeurs et chercheurs passionnés qui ont continué à développer l’intelligence économique en France. Le rapport du député Bernard Carayon en 2003 a été le détonateur de la relance et depuis toute une mécanique s’est mise en place dans notre pays.
Le problème de l’Etat c’est de déterminer comment sensibiliser et amener les 2 300 000 entreprises françaises à utiliser efficacement ce concept dans leurs pour lutter à armes égales contre la concurrence.
A dire vrai ce ne sont pas vraiment les grosses entreprises qui nous intéressent. Elles ont les moyens de financer des équipes d’intelligence économique et leurs moyens informatiques. Entre parenthèses savez-vous qu’il n’y a que 8 entreprises du CAC40 ayant une majorité de capitaux français ? C’est pourquoi il ne faut pas juger si une entreprise est française ou non en fonction de son pourcentage d’actions détenus par des français mais en regardant, comme les anglais, les japonais ou les américains si elle a beaucoup d’emplois en France, si elle y dépose ses brevets, si elle y installe ses laboratoires de recherche. Dans l’affirmative il faut la considérer comme française, autant qu’une entreprise française.
En France derrière le CAC 40 nous avons 15 000 entreprises de plus de 500 personnes. Nous devons les aider à pratiquer rapidement l’intelligence économique sachant qu’elles ont la capacité interne pour assurer une partie du chemin.
Le vrai problème, et là on est en plein dans le pôle Fruits et Légumes, c’est les 189 000 entreprises qui font entre 9 et 200 personnes. Ce sont celles là qui assurent la majeure partie de l’emploi dans le pays et ce sont celles là qui vont le plus souffrir de la mondialisation, si on n’y fait pas attention. Ce sont celles-là que l’on doit aider par tous les moyens possibles pour qu’elles puissent être plus efficaces et plus compétitives.
Il faut que toutes les entreprises s’approprient la démarche car l’Etat ne pourra pas les accompagner pendant 20 ans. L’objectif de la politique publique d’intelligence économique c’est de mobiliser les administrations et l’ensemble des acteurs pour mettre en place tous les éléments qui vont permettre à chaque entrepreneur petit ou grand de comprendre et d’utiliser la démarche.
Ceci suppose la mise en œuvre de moyens variés. Au-delà de la sensibilisation impérative de tous, le premier volet indispensable, c’est la formation afin que les gens soient capables de faire de l’intelligence économique.
Ceci concerne d’une part la formation initiale dans les écoles et dans les Universités qui se met en place progressivement. En septembre, 50% des grandes Ecoles auront des modules d’intelligence économique, il y aura une soixantaine de formations de troisième cycle en Université et deux d’entre elles testeront un ensemble licence/master/doctorat.
Ceci concerne d’autre part la formation continue. Il faut former les entreprises, et les gens dans les entreprises, en s’adaptant à leur disponibilité, à leur intérêts, à leurs besoins. Il faut aussi qu’on forme les administrations. Cet énorme chantier n’est envisageable que par la mobilisation de tous. Il faut l’aide et l’appui des conseils régionaux, des fédérations professionnelles, des chambres de commerce, et bien sûr des cabinets spécialisés en formation.
Le deuxième volet indispensable concerne les outils. Si nous voulons gérer des informations sécurisées et réellement autonomes, il faut encourager nos entreprises à développer des logiciels d’analyse et de synthèse, des moteurs de recherche, des technologies cognitives. C’est un domaine ou la dépendance de l’autre empêche la création d’avantages concurrentiels.
Le troisième volet est de voir comment on peut, sur le territoire national et à l’exportation, aider nos entreprises. Ici notre premier objectif est de mettre en commun toutes les informations qui existent dans l’administration française pour les mettre à disposition de nos entreprises. C’est facile à dire mais extrêmement difficile à faire car nous sommes dans un pays très individualiste au niveau des individus et qui oppose public et privé depuis plusieurs siècles.
Dans les entreprises comme dans les administrations chacun, considérant que l’information c’est le pouvoir, la garde pour lui. Aujourd’hui le problème est de convaincre nos concitoyens que dans le monde de surabondance de l’information dans lequel nous vivons, une information unique peut être fausse ou déformée. Pour faire face à cette hypothèse nous devons utiliser des systèmes permettant de mettre en commun nos informations, d’en extraire la synthèse puis de la distribuer à tout le monde. A partir du moment où l’on recoupe systématiquement les informations recueillies par un travail en réseau, la synthèse ne va pas être perturbée par des éléments faussés. Mais ceci suppose d’apprendre à gérer et à travailler en réseau comme ceci se pratique dans les pôles de compétitivité efficaces.
Le quatrième volet de la politique publique d’intelligence économique est de faire le nécessaire pour que nos entreprises se battent à armes égales.
Nous sommes aujourd’hui dans un environnement international dans lequel les lois ne sont pas les mêmes chez tout le monde. Par exemple, quand nous signons la convention anti-corruption de l’OCDE, il faut savoir que nous faisons parti des 36 pays dans le monde à l’avoir signé, ce qui indique que plus de 150 autres ne veulent pas en entendre parler.
Le problème d’un Etat, le problème de l’Europe, c’est d’arriver à tout faire pour que le combat de nos entreprises se fasse à armes égales avec les entreprises étrangères tout en respectant notre législation. En liaison avec Bruxelles, des spécialistes sont en train de travailler sur des aménagements et des modifications des textes de loi dans ce domaine. Dans ce cadre je note avec plaisir que la loi et le décret sur le contrôle des investissements étrangers ont eu l’approbation de tout le monde, et pour cause, car il s’agit d’intérêt général.
Le dernier volet de la politique publique en cours de mise en place veut être celui du lien avec les entreprises car nous devons arriver au niveau national à discuter avec elles pour définir ce que nous devons faire ensemble. L’Etat par vocation s’intéresse aux entreprises de sécurité ou de défense nationale, ce qu’on appelle les entreprises sensibles, mais il n’y a pas qu’elles qui sont importantes au niveau du pays. Au niveau des régions, au niveau des départements, en liaison avec les élus, les collectivités locales, les organisations consulaires, nous devons identifier toutes les sociétés qui sont importantes sur le plan local, régional, national et construire un système de suivi afin de pouvoir intervenir si nécessaire sous une forme ou sous une autre quand elles en ont besoin.
C’est le principe du partenariat public/privé que nous sommes en train de mettre en place au niveau national et régional avec l’aide de tous les acteurs. C’est une des clés du succès de l’intelligence économique dans le monde. C’est l’objectif car dans cet esprit le partenariat veut dire que chacun doit apporter à l’autre ce qu’il lui manque.
Pour rendre compréhensif tout ce que je viens de vous dire. Il fallait créer une vitrine pour faire comprendre l’intelligence économique dans la pratique. Michael Porter l’a conçue sous la forme des clusters il y a 20 ans. Les américains l’ont adoptée puis tous les pays intéressés s’y sont mis : le Danemark, la Suède, le Japon, l’Angleterre. Les pôles de compétitivité ne sont donc pas une invention française puisqu’ils sont déjà pratiqués dans un certain nombre de pays.
A ce stade il est intéressant d’en comprendre le mode de fonctionnement et les enjeux. Pour monter un pôle de compétitivité on prend des entreprises de tailles variables qui ont la même spécialité finalité. On leur explique qu’en s’associant dans le respect de l’indépendance de chacune, en travaillant ensemble , en échangeant des informations intéressantes pour toutes, en mettant en commun des moyens de veille et d’analyse du marché mondial, chacun sera bénéficiaire. Seul on ne peut pas financer et mettre en œuvre tous les moyens que l’on peut avoir en travaillant en commun dans certains domaines. L’ensemble des informations recueillies puis diffusées dans le pôles vont permettre à chacune des entreprises constitutives d’être meilleures que leurs concurrentes extérieures. Tout en continuant à se faire la concurrence entre elles, les entreprises du pôle auront toutes un avantage concurrentiel face à toutes les autres dans un monde où la concurrence va être de plus en plus dure. Elle est pratiquée avec beaucoup de succès dans de nombreux pays car c’est une réponse technique qui permet de gagner en compétitivité et en efficacité par le travail en réseau et l’échange d’informations et de synthèses.
Pour terminer, permettez moi de dire un mot sur l’industrie agroalimentaire dans notre pays. C’est assez curieux de voir qu’elle a toujours été le « parent pauvre » de l’industrie française. On oublie que l’agroalimentaire est depuis un demi siècle le deuxième plus gros exportateur dans ce pays. On nous parle de centrales nucléaires, de raffineries, de barrage et l’on oublie de prendre en compte le montant des exportations réalisées par l’ensemble des opérations de l’agroalimentaire.
Il est évident que nous devons tout faire pour au moins maintenir et pourquoi pas ces activités dans le futur. Il va falloir se mobiliser et , dans ce cadre, l’expérience de ce pôle européen fruits et légumes est extrêmement importante : c’est à la fois une action et un laboratoire qui va permettre de perfectionner le système puis une fois bien au point de créer d’autres pôles agroalimentaires pour créer un maillage national reposant sur des améliorations de compétitivité concurrentielle.
Comme vous l’avez compris la finalité de ce type d’action n’est pas d’avoir un pôle dans un coin de France, mais d’avoir, dans 10 ou 15 ans des pôles de compétitivité partout. Pour répondre plus vite et mieux que les entreprises étrangères dans la compétition mondiale, nous devons remplacer l’approche individuelle des entreprises reposant sur leur seul savoir faire par des groupes d’entreprises travaillant en réseau et partageant l’information pour faire face à tous les types de concurrents d’un monde devenu global.
C’est cela l’objectif de l’intelligence économique, aujourd’hui politique publique et demain pratique courante de l’entreprise française performante."
Durée moyenne du discours : 44 min
Transcription : Olivier Pommeret
Autorisation de publication le 12 juin 2006.
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1. Le mardi 25 juillet 2006 à 11:05, par Olivier Pommeret