J'en parlais récemment ici ... voici encore quelques "perles" de personnes mal renseignées qui n'ont toujours pas compris ce que voulait dire "intelligence économique":

1/ "... Pour obtenir des renseignements auxquels elles n'ont pas légalement accès, les grosses sociétés d'intelligence économique qui ont pignon sur rue font appel à des sociétés comme les vôtres (ndlr:Iris Consultants de Patrick Baptendier)"
Question de Isabelle Mandraud et Caroline Monnot pour Le Monde (source: lemonde.fr - copyright: Le Monde - Isabelle Mandraud et Caroline Monnot).

Vous noterez l'incohérence entre "Pour obtenir des renseignements auxquels elles n'ont pas légalement accès" avec "...les grosses sociétés d'intelligence économique..." sachant que toute société d'intelligence économique ne peut déontologiquement pas essayer d'obtenir des renseignements auxquels elles n'ont légalement pas accès !

2/ "Le contexte récent a mis en lumière des pratiques douteuses d'un certain nombre d'officines « d'intelligence économique », faisant des écoutes sur telle ou telle personnalité, pour le compte d'intérêts privés." au sujet de l'espionnage de Bernard Thibault
(source leparisien.fr - copyright Le Parisien / Marc Payet - Julien Heyligen).

Celle là elle est facile puisqu'aucune société qui dit faire de l'IE peut mettre en place d'écoutes téléphoniques.

3/ Toujours au sujet de Patrick Baptendier: "...à l’heure du big business triomphant. Rebaptisé pompeusement «intelligence économique», sotte traduction de l’anglais qui signifie, plus prosaïquement, «espionnage», il est au cœur de bien des turpitudes politico-financières. Où de grands cabinets se gargarisent de déontologie tout en sous-traitant le sale boulot (écoutes, filatures…) à des petites mains..."
(source liberation.fr - copyright Libération - Renaud Lecadre)

Les lecteurs apprennent ici que l'"intelligence économique" n'est en fait qu'une sotte traduction, dans le sens "équivalent", d'"espionnage" (rappelons au passage que le terme "intelligence économique" est une expression franco-française définie (sous cette forme) à l'occasion du rapport Martre en 1994 et n'a pas véritablement d'équivalent en anglais). Je ne sais pas comment vous comprenez le passage de cet article mais de mon côte j'ai bien l'impression qu'il est dit que les "grands cabinets" dont il est question ont pour activité l'IE et que ces derniers font appels à des pratiques illégales tout en affichant un code déontologique, légal lui comme le veut l'IE.

Je pourrai malheureusement faire encore de nombreuses citations sur le sujet vu l'actualité de ces derniers jours. Je me dis qu'il faudrait faire quelque chose car tous ces articles dévalorisent complètement l'IE et viennent écorcher tout le travail qui est fait par le HRIE et de nombreux praticiens honnêtes depuis des années maintenant.

Quelques pistes parmi d'autres:

  • former les journalistes (qui ont tendance à se tromper) à l'IE pour qu'ils comprennent bien de quoi il s'agit ? Je ne pense pas que cela soit une solution car 1/ allez expliquer la définition de l'IE à un journaliste alors que chercher et traiter l'information, croiser ses sources, etc. fait naturellement parti de leur métier ... à moins que certains n'utilisent également des méthodes illégales et en arrivent donc à faire cette confusion ! 2/ quelle que soit la connaissance de la définition de l'IE que peut en avoir un journaliste, à partir du moment que l'expression sera utilisée dans un média se créera un "effet de mode" et le terme sera repris même si cela n'est pas approprié.
  • changer l'expression "intelligence économique" pour distinguer pratiques illégales et légales ? Cela ne servirait à rien car la nouvelle expression finirait également par être reprise à contre sens. Cela donnerait également raison à tous ceux qui ont employé le terme dans un mauvais contexte et "salirait" définitivement l'expression utilisée dans de nombreux ouvrages, articles, etc. déjà publiés.

Certains organismes essayent de mettre en place une charte de bonne conduite afin que les entreprises y adhérant aient le droit de se déclarer comme sociétés de conseil et de prestations en IE. Si l'idée est bonne, cela n'empêchera cependant pas que le terme soit dévalorisé lors de telle ou telle affaire médiatique impliquant une société malhonnête parmi de nombreuses faisant correctement leur métier. Un bon exemple est l'article de libération ci-dessus où il est précisé que les sociétés impliquées affichent un code déontologique par devant et font ce qu'elles veulent par derrière. Une charte ne devrait ainsi pas éviter ce genre de remarques.
Finalement, une des meilleures solutions est à mon avis "tout simplement" que nous continuions sur les blogs et sites spécialisés, dans nos commentaires, nos discussions, nos formations, etc. à mettre en avant le véritable aspect de l'IE dès que l'occasion se présente (ce que je fais ici en fait via ce billet), en rappelant que l'IE n'est pas que de la veille ou de la recherche d'information mais également de l'analyse, de la diffusion ciblée et de la protection d'information, de la transformation de données en information puis en connaissance ainsi que son partage et sa gestion (KM), l'utilisation de ces nouvelles connaissances pour innover, de la gestion de crise, etc. mais surtout qu'il ne s'agit pas d'espionnage ou de toutes autres pratiques illégales.
Peut-être qu'à force on ne parlera plus que d'écoutes téléphoniques, vols de données, espionnage, etc., comme on le faisant avant, au lieu de résumer maladroitement tous ces termes par le très à la mode "intelligence économique".

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